« Le féminisme n’a jamais tué personne, le machisme tue tous les jours » Benoîte Groult
Plébiscité par les uns décrié par les autres, le féminisme n’a pas une image des plus reluisantes. Encore assimilé à une meute de femmes enragées, poilues, aigries et de surcroît moches dont le seule but est de castrer la gent masculine, les féministes n’en ont pas fini de se battre. Pour leurs idées, pour le droit des femmes bien entendu, mais contre les préjugés…de la part des hommes mais aussi de leurs consœurs.
Parler du droit des femmes, ce devrait être parler des droits de l’Homme, tout simplement. Evaluer les droits des femmes aujourd’hui ne devrait pas se faire en comparant la place relativement plus confortable de la femme dans la société d’aujourd’hui, en se rassurant des progrès effectués, mais bien en comparant la place des femmes à celle des hommes en 2005, ce qui change la donne. Etre identifiée comment féministe est presque perçu comme une insulte. Se déclarer féministe c’est provoquer des gloussements idiots ou la fuite, tout simplement.
Pourtant, être féministe, c’est défendre son statut d’être humain avant toute chose, c’est avoir été confrontée au moins une fois dans sa vie aux limites qui découlent du fait d’être une femme. Malheureusement le droit d’expression des femmes dans le monde est inversement proportionnel aux violences qu’elles subissent. Plus la femme est reniée, moins elle a de droits, moins elle aura de chances et d’occasions de se battre pour les défendre. Alors quand on a la chance de vivre dans un pays dans lequel la femme est respectée, dans lequel elle peut travailler, s’exprimer, quand l’homme qui partage sa vie ne la séquestre ni ne la bat, il faut avant toute chose remercier nos aînées (certains ainés aussi) pour cet état de fait et pour tous les victoires passées (vote, autonomie financière, IVG,…)
Sans commune mesure avec les affronts faits aux femmes dans certaines parties du monde, il existe un autre type de féminisme, le sens du mot ne diverge pas, mais les cibles de combats ne sont pas les mêmes. Ainsi etre féministe en France, c’est se battre contre les violences conjugales, contre les violences morales, contre les insidieuses et quotidiennes humiliations vécues par les femmes. Etre féministe quand on vit en France, quand on travaille, quand on mène une vie standard, c’est crier son ras le bol de voir :
Des corps de femmes nues sur la moindre devanture de kiosque, en permanence à la télévision, dans le métro, dans les magazines,… Parce que sous couvert de l’esthétique, le corps de la femme n’est plus qu’un symbole de féminité naïve, soumise, offerte, lascive, disponible, passive. La femme comme appât publicitaire est le reflet d’une créativité décroissante de nos pubeux.
Une image biaisée de la femme, qui danse à moitié nue derrière le dernier chanteur à la mode, qui montre à outrance dans les émissions de télé réalité, qui gémit sous les coups de reins d’un mâle dominant dans les films porno, qui râle, fouille, soupçonne son homme dans les feuilletons à la télé,… Parce que la femme est autre chose qu’une caricature, parce que quitte à décevoir une minorité beaufement virile, la femme est un autre chose qu’une paire de seins qui casse les pieds aux hommes. Parce que le cerveau humain devrait être autre chose qu’un réceptacle à clichés transmis d’années en années en totale impunité par les médias et la société.
Etre féministe, au sens où je l’entends, c’est se respecter et vouloir que les autres vous respecte, vouloir que les hommes voient en la femme autre chose, qu’un corps, qu’un esprit vif mais limité, qu’un être menaçant et à surveiller, qu’un être méprisable et corvéable à merci. Etre féministe au sens où je l’entends, c’est se nourrir d’une palette d’espérances. C’est espérer qu’un jour, une femme laide présente une émission de télé, fasse carrière dans la chanson, soit nommée à la tête d’une grande entreprise, simplement parce qu’elle a du talent. C’est ne plus jamais être confrontée aux doutes sur ses capacités, c’est ne plus se sentir humiliée ou réduite par sa qualité de femme, c’est ne plus être confinée dans une image de douceur, de servitude et de maternité car une femme c’est bien plus que ça.
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