Thursday, July 26, 2007





J'ai toujours été une grande admiratrice du travail de Benoîte Groult. J'ai d'ailleurs lu tous ses livres, ceux de sa soeur Flora et leur fameux Journal à Quatre mains.
Son dernier roman "La Touche étoile" raconte l'histoire de plusieurs femmes d'une même famille, de générations différentes, qui tentent de garder le contrôle de leur vie malgré des trajectoires pas toujours maîtrisées. C'est l'histoire de combats féminins en famille, en couple, en qualité d'être humain, contre la vieillesse, la tristesse ou l'oubli.
L'un des passages de son livre, fait mal au entrailles et à la mémoire de celles qui ont vécu "l'avant Simone...Weil", j'ai choisi d'en mettre ici un extrait : "Nous avons tant aimé tricoter, toute la layette de nos enfants (...). Et d'ailleurs je viens de jeter toutes mes aiguilles, retrouvées au fond d'un tiroir, à l'occasion de travaux entrepris dans ma chambre. Et je vais te dire une drôle de choses, Hélène : toutes ces aiguilles (...) ne me rappelaient pas le point de riz ou les torsades, si difficiles à réussir. Mais l'avortement. (...) Il m'en restait une, de celles qui pouvaient servir à ça, en métal peint de couleur layette avec le bout argenté et bien arrondi. Celles en bakélite étaient trop pointues. Et j'ai t'ai revue soudain sur ton grand lit, te confiant à mes compétenes incertaines; et moi, à genoux sur le tapis, cherchant à faire coulisser la sonde caoutchouc (...), en tâtonnant pour qu'elle glisse le long de l'aiguille vaselinée et pénètre en douceur, en douceur surtout, dans le col de cette maudite cavité de l'utérus qui pouvait chaque mois bouleverser nos vies."

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