Lundi matin, j'ai pris ma voiture pour aller travailler et je me suis arrêtée en chemin pour m'acheter un Café Latté dans une grande enseigne américaine. Pour l'occasion mais par manque de places de parking j'ai dû m'arrêter le long du trottoir, avec mes warning. Au moment où je sortais de ma voiture, une femme passait en Vélib, manifestement essouflée par la montée des Grands Boulevards, et m'a grommelé quelque chose qui avait vraisemblablement à voir avec ma voiture et mon stationnement, puisque ce sont presque les seuls mots que j'ai compris de sa plainte.
Je sais que j'aurais pu m'arrêter 500m plus loin et de l'autre côté de la rue, mais voilà, je suis parisienne, mal élevée et j'étais très pressée. Ceci dit, je ne pense pas que je gênais qui que ce soit. Mais voyez-vous, à partir du moment où il est monté sur un vélo, le citoyen se tranforme en justicier roulant. Le cycliste fait un effort, il souffre, il doit rester sur ses gardes pour éviter un accident, porter un casque ce qui le rend ridicule, mais d'un autre côté il fait du sport, il ne pollue pas et il fait du bien à la planète ! Le cycliste est donc un être sportif et écolo, autant dire pour un parisien, un être supérieur ! ...Et cela lui donne évidemment le droit de maudire tout ce qui fait du bruit et crache de la fumée. Il regarde les automobilistes de haut, hoche de la tête en soupirant, lui fait des grands signes quand il se fait doubler et lui jette un regard moqueur quand il le double à son tour dans les embouteillages. Le cycliste est un esprit libre, mais bourré de principes et râleur avec ça !
Mais il arrive que le cycliste ait une voiture et qu'il s'en serve. Il se transforme alors en automobiliste. Protégé dans son habitacle et en proie au stress du conducteur, l'automobiliste klaxonne à tout va, démarre à la nano seconde ou le feu passe au vert, préfère se garer sur une voie de bus en warning plutôt que de chercher une place, pollue cyclistes et piétons, double tous ceux qui roulent en dessous de 50km/h et maudit les motards qui ne savent pas conduire, les vélos qui zigzagent entre ses roues et les piétons qui le narguent en traversant en dehors des passages qui lui sont réservés. L'automobiliste est foncièrement mal élevé mais il a l'avantage de pouvoir faire des doigts d'honneur et de démarrer en trombe avant que quicquonque ait eu le temps de lui en coller une sur le nez.
Parfois l'automobiliste craque, il n'en peut plus des embouteillages et il décide de s'acheter un deux roues. Il se transforme en motard et il se sent alors à la fois puissant et sexy. Il se met à se balader en file indienne avec ses copains motards, à faire des "salut" du pied, à rouler la main sur le klaxon, à s'exprimer par geste de mains et de pieds incompréhensibles, à se garer sur les trottoirs, à donner des coups de pieds sur les pare-chocs des automobilistes qui ne l'ont pas regardé changer de voie... ou peut-être était-ce lui qui a coupé la route de l'automobiliste ?!
Quand le week-end arrive, l'automobiliste et le motard restent dans leur quartier. Ils vont faire le marché, leurs courses ou simplement se promener et ils se transforment alors en piéton. Le piéton se sent partout chez lui, sur le trottoir, au bord de la route, voire au milieu de la route. Le piéton maudit les motos et voitures qui font du bruit, qui polluent et se garent ni'mportent où. "Pourquoi prennent-ils leur voiture le week-end" se dit le piéton ? "C'est tellement sympa de marcher !". Le piéton maudit aussi le vélo qui roule sur le trottoir ou qui manque de le renverser après avoir grillé un feu rouge. Le piéton aussi est un grand râleur.
Mais le motard, l'automobiliste, le piéton et le cycliste sont une seule et même personne et si l'habit de ne fait pas le moine, le moyen de transport, lui, fait le râleur ! Nous sommes capables d'haïr celui que nous serons demain. C'est bien la preuve que l'être humain est instable et opportuniste. Mais c'est ce qui fait tout son charme, n'est-ce pas ?! Tout cela avec moins de gros mots, plus de sourire et de courtoisie, je suis sûre que cela finirait par bien se passer.
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