Pour cette année 2009, on commençait à se faire du soucis : peu de films à ravir complètement (à part les péhnoménaux Benjamin Button, Watchmen, Gran Torino, le très bon OSS 117 et même l'impeccable action movie Fast and Furious 4 LA grosse surprise de l’année plus pertinent qu'il en avait l'air... oui oui !! c’est dire…) et l’on se disait qu’en attendant les blockbusters de l’été (Star Trek, Transformers 2, La nuit au musée 2, Terminator 4…) et les grands films de fin d’année (Where the wild things are, Shutter Island…) le temps risquait d’être long.
Heureusement Good Morning England venait assurer l’entracte. Alors bon quel résultat ? Pas mal du tout mais en retrait du "english rules" habituel. Sans atteindre les cimes du phénoménal Quatre mariages et un enterrement dont il était scénariste ni le plaisir maîtrisé de Love Actually, sa précédente réalisation, Richard Curtis propose via Good Morning England, une plongée rétrospective au cœur de l’émergence du rock en Angleterre.
Sorte d’ode à l’émancipation et la liberté d’expression, le film est avant tout une véritable déclaration d’amour à la musique et une cour de récréation pour troupe en roue libre. Bénéficiant d’un phénomène que l’on pourrait comparer à Slumdog Millionaire (comprenez un engouement soudain pour finalement pas grand-chose), Good Morning England distrait, amuse beaucoup et rend hommage à son caractère rock.
Pendant près de 2h15, le film déroule une série de tubes indémodables et d’évolutions d’idéaux sur fond de scénario prétexte : un bâteau abritant la première radio pirate de l’histoire se voit contrait d’affronter le gouvernement qui veut son abolition. Pour pimenter un peu l’ensemble, Curtis parsème son récit d’une recherche paternelle, d’affrontements d’idées et de charisme entre deux leaders radiophoniques, de débats endiablés sur la vie, la liberté et l’amour, de délires complets sur le cul, la beuverie et tout ce qui pourrait accompagner l’esprit rock.
Car oui, c’est bien connu, le rock est avant tout un état d’esprit et ça, le film le lui rend bien. Plus la bobine avance, plus il transparaît en filigrane que les stars du rock ont aussi des faces cachées plus sombres et désemparées derrière l’imagerie du rêve, sexe, drogues et alcool. Heureusement, l’amour de la musique transpire…
Et de là vient le principal problème. Si le délire est relativement présent, que la bonne humeur suinte par tous les pores, que la musique enflamme les sens… il est beaucoup trop long (1h30 aurait faire l’affaire) et manque tout de même une bonne dose de relief à ce grand bâteau qui rocke. Jamais le spleen ni les répercussions de l’envers du décor ne vient creuser ce que nos héros semblent laisser passer comme non dits. Jamais le drame ne vient empiéter sur l’effet euphorisant de l’ensemble.

Heureusement, Richard Curtis, en bon vétérant et faiseur qu’il est, fait appel à des codes qu’il maîtrise depuis belle lurette et surtout à des comédiens imparables à qui l’on peut tirer notre chapeau. Car si le film décolle et passe comme une lettre à la poste, c’est avant tout grâce à ses interprètes survitaminés qui livrent un show délirant. De Philip Seymour Hoffman en grand manitou rock’n cool passionné de musique à Nick Frost (le pote de Simon Pegg dans Shaun of the dead et Hot Fuzz) en rondouillard accro au cul en passant par Bill Nighty impeccable, la craquante Gemma Arterton (la dernière Bond Girl du bouillant Quantum of Solace) en bimbo groupie, la superbe January Jones en épouse tête à claque et même Emma Thompson venue passer faire un coucou… tous se sont passés le mot pour incarner tour à tour une face du rock qu’elle soit glamour, rêveuse, hard, triste, mélancolique, déjantée, nerveuse…
Mais le vrai trésor du film c’est incontestablement l’impayable Rhys Ifans en star du micro venu tout droit des Etats-Unis avec sa fucking attitude qui se taille la part du lion. Charisme de dandy déguingandé, look de chatelain rock’n roll, langage de chartier brisant les lois du pudisme… il électrise la pellicule avec ce tempérament cooool qui le caractérise depuis des lustres. Autre grosse surprise du film, c’est bien évidemment l’immense Kenneth Branagh. L’acteur / réalisateur surprend le plus en ministre du gouvernement coincé et strict se retrouvant dépassé par les événements. Un rôle hilarant et démesurément classe pour un acteur au top de sa forme et en quasi orbite de furie sociopathe.
Au final, c’est donc bien la sympathie contagieuse d’une troupe fanfaronne qui permet à Good Morning England de se démarquer et d’emporter l’adhésion finale. Un vrai bon divertissement à la fois drôle, barré et nostalgique. Un bel hommage au mouvement rock et à ces pirates ayant lancé le mouvement ?
Malheureusement, une fois les lumières rallumées si l’on ressort le sourire aux lèvres et du son plein la tête, déjà empreint de scènes mémorables doublée d’une maîtrise savamment orchestrée d’effets Curtisien, il subsiste un léger sentiment de regret : celui de ne pas avoir appuyé plus la nostalgie et le revers de l’euphorie rock : celui de la personnalité des icônes pop qui aurait conféré un spleen réjouissant et une véritable âme profonde et jouissive. Et c’est là que l’on se dit que Wes Anderson aurait assurément fait des miracles…
Qu’importe, le résultat est tout de même résolument très sympathique !
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